TEMOINAGE DE L’ADJUDANT EVRARD CHEF DE SECTION

A LA RADIO, J’AI DIT AU CAPITAINE : « Dépêchez vous d’arriver, ici c’est Bazeilles ! »

 

 

Il est près de 13h30, les VAB sont en place pour appuyer, dans l’axe du col. Les secteurs de surveillances  couvrent 180°. La section est en ligne au pied de la pente et commence l’ascension.

« Je passe en colonne dès que le sentier serpente et vu le barda que l’on a, les gilets pare-balles, les munitions, la progression est lente, il fait chaud. Je dis aux chefs de groupes d’accélérer »

Très vite un gars est victime d’un coup de chaleur et reste en arrière avec l’infirmier de renfort, un caporal-chef de la Légion.  Tout en progressant, Evrard demande à un groupe de tireurs d’élite situé bien en arrière de le renseigner sur ce qu’ils voient en avant de ses hommes. Rien à signaler disent-ils mais ils précisent que le premier groupe se trouve à 100m du col.

Deux minutes après, l’enfer se déclenche. En une seconde l’air est saturé de détonations de rafales et d’explosions. C’est une embuscade. Les réflexes jouent, tout le monde se jette derrière les maigres rochers qui jalonnent la pente mais la position est précaire. La section est étalée sur plus de 100 mètres de bas en haut. Pendant prés d’un quart d’heure sous un feu intense les paras se fondent aux rochers pour éviter les coups.

« De suite j’ai contact radio avec le groupe devant, j’apprends que mon adjoint est blessé avec deux autres gars. »

Le bruit est assourdissant et les impacts au sol soulèvent une poussière étouffante. L’adjudant est abrité contre un gros rocher avec cinq gars dont le radio et le tireur d’élite. D’autres, peut être à quelques mètres ne sont pas visibles. Impossible d’aller chercher les blessés, le sol est labouré par les impacts.

Un de ses chefs de groupe arrive pourtant à le rejoindre, il est tout blanc, il titube, il à une balle dans le ventre.

« On l’allonge, on lui enlève son pare-balles, son casque et on lui met un pansement compressif. A ce moment des tirs se déclenchent des crêtes de gauche et de droite. Nous sommes pris entre deux feux. »

Les hommes qui sont avec leur chef ripostent au mieux mais ils n’ont pas visuel sur les assaillants et les balles font éclater des morceaux de rochers qui se transforment en éclats. Evrard a le visage en sang, d’autres sont criblés aux jambes, aux bras. Le tireur d’élite parvient à abattre plusieurs silhouettes furtivement aperçues en ligne de crête. Plus haut on entend des rafales de Famas, preuve que la section réagit.

D’en bas les mitrailleuses des blindés crachent bandes sur bandes pour tenter de contenir les Talibans et permettre à la section de se dégager. Personne ne sait ce que font les autres, par deux, par trois ou seuls les paras, isolés entre les rochers se défendent et rendent coups pour coups.

Les Talibans tentent de se rapprocher.

« C’est le sergent Cazzaro, un peu plus haut qui me dit : l’ennemi est au plus prés ! 

A un moment donné je perds la liaison avec la section du RMT mais je parviens à toucher le capitaine resté à la base.  Je lui dis qu’il se dépêcher car personne n’est plus en mesure de m’appuyer et je suis fixé par des feux nourris. Je lui ait même dit qu’ici : C’était Bazeilles !

 A un moment donné, j’ai été blessé par une balle, mais je ne m’en souviens pas trop, peut être 1h00 ou plus après le début de l’engagement. J’ai senti un choc à l’épaule mais j’ai toujours pu utiliser ma main. Je sentais bien un picotement mais je n’ai pas regardé tellement on nous tirait dessus. En fait j’ai compris que j’étais bien touché en redescendant du col quand on a pu se dégager. »

« A un moment nous nous sommes resserrés car les balles tapaient très près, il n’y avait plus de rafales mais plutôt des tirs de précisions. J’ai vu un Taliban tué par mon tireur d’élite, il à glissé le long d’un rocher, son fusil à suivi. Il était plus long qu’une Kalachnikov, c’était bien un fusil de tireur d’élite, probablement un  Dragounov »

 

Les tirs deviennent de plus en plus précis et Evrard s’aperçoit que le poste radio est à découvert, il tient bien le combiné mais le fil est trop tendu.

L’opérateur radio alterne désespérément bouche à bouche et massage cardiaque sur le chef de groupe blessé dont les yeux commencent à se révulser. Une balle lui traverse alors la main. Il se redresse en montrant à son chef, le sang qui coule.

« Il me dit : Putain mon adjudant ? Je lui réponds : Attends, tu crois quoi ? D’abord fais le massage cardiaque pour le faire respirer, après on verra ta blessure !

Il m’a regardé alors avec un air que je lui connais bien, une grimace comique mélangée d’étonnement qu’il me faisait chaque fois que je l’ « engueulais » ou qu’il en bavait au stage commando »

Il a recommencé le bouche à bouche avec son trou dans la main. »

La radio était toujours à découvert et des impacts de balles s’en rapprochaient dangereusement. L’opérateur s’en aperçoit : « Mon adjudant, je vais la chercher. »

« Il fait le tour de l’arbre qui était là, va rapidement à découvert, la ramène et la pose sur mes genoux sous des tirs redoublés. Les balles claquent prés de moi alors il se met devant, comme pour me protéger et me regarde. C’est à ce moment qu’il est mortellement touché. Je n’oublierai plus  jamais sa grimace et son petit sourire. »

La position est devenue intenable. Les gars font alors la boule de feu en vidant des chargeurs vers la crête pour couvrir l’adjudant. Il parvient à descendre un peu, poursuivi par les balles.

« Epilogue.

Avec deux de ses gars, l’adjudant quitte la position dare-dare, les tirs les poursuivent mais ils parviennent à rejoindre les blindés en appui. Ils sont sortis d’affaire. La nuit est presque tombée. D’autres paras sont dans le même cas, chacun à pu se dégager, par deux, par trois. D’autres sont encore entre les rochers à faire le coup de feu. Ils économisent leurs cartouches car cela fait près de huit heures qu’ils se battent.

Tous diront après coup qu’ils n’ont jamais eu notion du temps tant la densité du combat était haute.

 

. Le tireur d’élite resté prés du rocher et de l’arbre pour couvrir le départ de ses copains et de l’adjudant aura le temps de dire à son voisin qu’il en avait descendu 8, avant d’être tué à son tour.

Les autres sections de la 4 venues en renfort sont en pleine action mais les gars de carmin 2 ne s’en rendront compte qu’en se dégageant après avoir profité d’un ralentissement des tirs Talibans. Le rapport de force était enfin inversé.

 

Pendant toute la durée de l’engagement, le chef de section a gardé contact radio avec son chef, le capitaine Creze venu en renfort. Il a également gardé le contact avec le sergent Cazzaro et ses hommes qui contenaient les Talibans prés du col. Enfin, il a dirigé les tirs des mitrailleuses lourdes du sergent Andrieux patron de la base d’appui située 600 m plus bas.

 

Cette journée de combat dans des conditions extrêmement défavorables pour les paras a été une succession d’actes individuels de courage et de sang froid qui a fortement limité les pertes et qui n’a pas empêché d’en infliger de sérieuses aux assaillants.

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Un commentaire pour TEMOINAGE DE L’ADJUDANT EVRARD CHEF DE SECTION

  1. Virginie dit :

    merci pour votre blog

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